Sur une piste…

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18 février 2017

Ce samedi, j’ai profité de la très belle journée pour me rendre à Montréal. Mon objectif ? Voir un Hibou moyen-duc rapporté à plusieurs reprises depuis quelques semaines. J’étais prêt à y mettre le temps puisque je n’ai jamais vu cette espèce auparavant.srb_20170218_58268-low

Arrivé vers 9h30, j’entrepends l’exploration du terrain de golf Dorval, situé près du Technoparc de Montréal. Un ami, Charles Samoisette-Pilon, venait me rejoindre un peu plus tard, dans l’avant-midi.

Les conditions étaient idéales: absence de vent, un soleil radieux et un mercure au-dessus du point de congélation. Un parfum de printemps planait dans l’air.

srb_20170218_58331-lowQuelques sentiers battus dans la neige trahissent le parcours effectué par les visiteurs, au cours des jours précédents. On peut deviner ce qui avait attiré chacun d’eux: une piste de ski de fond par là ou encore un chemin piétiné en ligne droite vers quelques gros conifères dans lesquels avait dû se percher le fameux hibou. Sinon, de très nombreuses pistes témoignent de l’activité d’une faune diversifiée: micro-mammifères, écureuils, lapins et même un coyote.

Au pied de plusieurs conifères, de nombreuses boulettes de régurgitation sont des preuves indéniables que des hiboux et chouettes fréquentent le secteur. Il s’agit là d’une caractéristique de ces oiseaux appartenant à la famille des strigidés. Une fois sa digestion complétée, le hibou ou la chouette régurgite une boulette composée des poils et os de ses captures. Il peut être difficile de déterminer exactement quelle espèce d’oiseau est en cause. Par contre, on peut se servir de ces restes pour identifier la composition du repas, tant les os et surtout le crâne des proies sont habituellement en parfait état. Les traces de fiente sur les branches nous indiquent même le perchoir exact qu’à choisi son auteur. Bref, je demeure confiant à l’idée de voir mon tout premier Hibou moyen-duc.

Mais il faut demeurer vigilant. Même si cet individu en particulier semble s’être laissé observer assez facilement auparavant, cette espèce est souvent comparée à un véritable fantôme. D’une taille légèrement inférieure à celle d’une corneille, le Hibou moyen-duc peut passer parfaitement inaperçu grâce à son immobilité et sa capacité à se fondre au décor dans lequel il est perché. Je n’hésite donc pas à utiliser mes jumelles pour scruter chaque branche pouvant servir de perchoir.

Nous nous déplaçons lentement d’un îlot d’arbres à l’autre. La neige fondante se compacte sous nos pas, ce qui ne nous empêche pas de s’enfoncer, parfois profondément. Cette randonnée prend les allures d’un inventaire systématique. Charles qui connait bien l’endroit, me raconte les différentes observations de strigidés qu’il a faites sur ce site: Petite Nyctale, Chouette rayée, Hibou grand-duc. Des Harfangs des neiges sont souvent aperçus aux abords des pistes de décollage de l’aéroport international Pierre-Eliott-Trudeau de Montréal, qui jouxte le terrain de golf. On pourrait donc, à explorer de la sorte les lieux, tomber sur d’autres espèces.

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La journée se passe, ponctuée par le chant printanier d’un cardinal rouge, le tambourinage vigoureux d’un Pic chevelu ou le gazouillis des Roselins familiers. À chaque fois que le cri nerveux des Merles d’Amérique qui passent en petit groupe se fait entendre, on lève aussitôt la tête, les yeux dans le ciel, juste au cas où cette agitation ne serait pas causée par la présence d’un prédateur ailé.

Malheureusement, le Hibou moyen-duc  brillera par son absence et ce malgré le fait que nous ayons inspecté pratiquement tous les conifères présents sur le site.

Malgré tout, nos efforts furent tout de même récompensés. Nous ne reviendrons pas complètement bredouilles. En effet, dans un bosquet de Thuya occidental, cachette habituellement convoitée par la Petite Nyctale, nous sommes plutôt tombés sur une magnifique Chouette lapone.

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Cet oiseau peut atteindre 70 centimètres de longueur et une envergure de plus de 130 centimètres, ce qui en fait le plus grand représentant de la famille des strigidés. Normalement présent à des latitudes plus nordiques, il arrive que nous bénéficions de la visite hivernale de la Chouette lapone, à nos latitudes. Certaines années sont meilleures que d’autres, ce qui semble être le cas cet hiver, puisque plusieurs individus font actuellement le bonheur des observateurs, dans la grande région de Montréal.

La chouette qui est là, au-dessus de nos têtes semble être une juvénile. Sa taille est plus modeste bien qu’elle soit tout de même impressionnante. Outre ses dimensions, on reconnait la Chouette lapone à ses petits yeux jaunes et les lignes blanches au niveau du menton, donnant l’impression qu’elle porte un nœud papillon.

Nous profitons donc de sa présence quelques instants puis la laissons tranquille. Le perchoir qu’elle a choisi pour passer la journée est bien dissimulé, à l’abri du regard d’un éventuel épervier ou d’un groupe de corneilles qui ne se gêneraient pas pour tenter de la déloger de là.

Dans le milieu de l’après-midi, Charles doit quitter. Je poursuis donc seul mon exploration. Une fois le tour complété, je décide de repasser par le massif de thuyas pour voir si la Chouette lapone ne se serait pas déplacée. Tout d’un coup qu’elle serait perchée bien à la vue, ce qui me permettrait de prendre quelques photos autrement qu’à travers les branches. Mais elle était demeurée au même endroit, à se reposer, malgré le bruit rythmé des avions, sur le terrain voisin. Puisque cette fois-ci, elle semblait commencer à s’étirer et se dégourdir, j’ai bien crû qu’elle pourrait prendre son envol. Je me suis donc éloigné et j’ai attendu. Cependant, entre les brèves séances de toilettage, elle somnolait à nouveau.

srb_20170218_58413-low-cropSur l’entrefait, un couple d’observateurs qui se demandaient bien ce que je pouvais regarder ainsi à distance, se rapprochent et se joignent à ma séance de guêt. Environ 45 minutes plus tard, je me suis résigné à quitter les lieux. Il fallait songer au retour à Québec. La chouette finira bien par prendre son envol, mais de façon anonyme…

Le soleil commençait à descendre. Un lapin à queue blanche se dépêche à rejoindre sonsrb_20170218_58424-low terrier. Nous jettons un dernier coup d’œil au-delà des clôtures qui délimitent les pistes de l’aéroport. Une Buse à queue rousse passe au vol. Au loin, deux harfangs des neiges sont là immobiles, à l’affût, visiblement indifférents au passage des avions qui filent devant eux.

On se salue et je reprends la route en me disant que l’observation d’un Hibou moyen-duc, ça sera pour une autre fois.

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