Technoparc de Montréal/ 2

SRB_20160731_41659-lowFin juillet, seconde visite aux milieux humides du Technoparc de Montréal. Cette fois-ci, j’étais accompagné de Joël Coutu et un des membres de son équipe, Charles Samoisette-Pilon. J’ai eu droit à une visite approfondie de ce site exceptionnel. Chaque marais a son caractère propre. Le paysage surprend, faisant penser à des Everglades en miniature.

Un habitat faunique d’une grande richesse

Malgré notre arrivée matinale, la journée était déjà très chaude. Pourtant, plusieurs espèces s’affairaient tout de même en quête de nourriture, tant les eaux sont riches en proies diverses (insectes, crustacés, amphibiens, poissons). Plusieurs poussins étaient encore présents, ceux du Râle de Virginie, de la Marouette de Caroline, du Grèbe à bec bigarré et de la Gallinule d’Amérique, mais aussi de nombreux canetons de la Sarcelle d’hiver, un canard plutôt abondant, un peu partout sur le site. Ce matin là, d’autres espèces que je n’avais pas eu l’occasion d’apercevoir lors de ma première visite ont pu être observées dont quatre jeunes Éperviers de Cooper et un Moqueur polyglotte, probablement le premier noté sur le site, en 2016.

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Un Épervier de Cooper immature

Dans un des marais encore bien inondé, nous avons aussi trouvé trois Petit Blongios. Mesurant à peine une trentaine de centimètres de longueur, le Petit Blongios est le plus petit de nos hérons. Il est considéré comme menacé par le Comité sur la situation des espèces en péril du Canada (COSEPAC). Depuis quelques décennies, sa situation se dégrade sans cesse. Le dérangement et la perte de son habitat en sont les principaux responsables.

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Un Petit Blongios se dissimule au travers des herbes, à l’affût d’un petit poisson en guise de repas.

Un site sous observation

Mon guide, Joël Coutu, est ce biologiste qui travaille depuis plusieurs semaines à faire connaître les milieux humides du Technoparc avant qu’une partie de ceux-ci ne disparaisse pour la construction de l’Éco campus Hubert Reeves. Il a rassemblé une équipe de sept bénévoles (son Dream Team comme il l’appelle). Ils sont présents sur place aussi souvent que possible pour assurer un meilleur suivi des différentes espèces d’oiseaux présentes. C’est d’ailleurs l’un d’entre eux, Daniel Néron, qui a trouvé le premier Petit Blongios, au mois de mai. Depuis le mois d’avril 2016, c’est plus de 140 heures d’observation qui ont été réalisées sur place (représentant une quarantaine d’inventaire). En plus de ça, monsieur Coutu a guidé une trentaine de randonnées, touchant ainsi plus de 200 ornithologues amateurs et personnes du grand public. Il pense et avec raison que ce site gagne à être mieux connu. Pour l’année 2016, avec déjà 149 espèces observées (dont 77 espèces nicheuses), le Technoparc de Montréal est devenu le site numéro un pour l’Île de Montréal, ex-æquo avec le Parc Nature du Bois-de-l’Île Bizard, un endroit déjà bien connu des amateurs de nature. Si on considère le grand nombre d’espèces ayant niché cette année, cela ne peut être un événement inhabituel. Il est indéniable que cet endroit constitue un lieu d’une grande richesse faunique depuis un certain temps déjà. Étrange que ça soit passé sous le radar.SRB_20160731_41707-low

Un projet controversé

Mais alors, pourquoi construire directement sur ce site ? C’est ce que l’on peut se demander. Le projet est pourtant connu depuis quelques années. On peut penser qu’une étude d’impact aurait permis de se rendre compte de son importance écologique. Pourtant, de nombreux aspects de son caractère exceptionnel semblent être passés sous le radar, puisque ça n’a pas posé de problème pour aller de l’avant avec le projet lui-même. Grâce à une plainte déposée par Joêl Coutu  auprès d’Environnement Canada, le chantier a pu être reporté de deux semaines. Plusieurs autres personnes indignées par le projet avaient aussi fait connaître leur mécontentement. La raison évoquée pour imposer un tel report : laisser passer la période de nidification. Les travaux devaient débuter le 1er août alors que de nombreuses nichées étaient encore présentes sur place, comme j’avais pu le constater lors de mon passage, en juin dernier (voir Technoparc de Montréal).

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Mais pour un projet qui vient avec une promesse de conservation, pourquoi n’est-ce pas une bonne nouvelle en soit ? Tout dépend du point de vue. Aux yeux d’un citadin habitué aux parcs urbains arborant des arbres manucurés et des platebandes épilées, disséminés parmi des développements bétonnés et asphaltés, un tel projet parait magnifique, propre, moderne, avant-gardiste même. Pour le promoteur lui-même, c’est certainement quelque chose de très innovateur en soit. Moi même, je me serais levé en applaudissant si on avait cherché à restaurer une quelconque zone industrielle désaffectée pour en faire un projet digne du XXIe siècle.

Ce n’est pas parce qu’il est impossible de créer des espaces grouillant de vie. Il n’y a qu’à regarder ce qu’est devenu un simple bassin de rétention comme celui sur la rue Jean Gauvin à Québec. En quelques années, la végétation aquatique a envahi les lieux et on y a observé jusqu’à présent, après environ cinq ans, pas loin de 140 espèces différentes d’oiseaux comme le Troglodyte des marais ou le Butor d’Amérique.

SRB_20160731_41658-lowMais dans le cas de l’Éco campus Hubert Reeves, dans le Technoparc de Montréal, on assiège un milieu humide en voie de devenir le meilleur site d’observation sur l’Île de Montréal (pour 2016 car il existe peu de données avant), pour assurer la protection de la moitié de la superficie actuelle… J’oserais dire qu’il n’y a pas de quoi être fier, malgré toutes les bonnes idées mises de l’avant… Et il y en a plusieurs, des bonnes idées dans ce projet, mais en remplacement au béton traditionnel, ce qui n’est pas le cas pour le marais en cause. Dans le cas présent, ça serait comme remplacer une forêt par une plantation d’arbres, en justifiant son geste comme étant une action concrète de conservation.

Le document promotionnel n’hésite pas à nous montrer ce à quoi l’environnement ressemble actuellement pour appuyer les bonnes intentions du projet à venir… On y voit entre autres une portion du marais qui disparaîtraSRB_20160731_41744-low justement au profit… d’un stationnement. On pourrait alors avoir à dire adieu Râles, Marouettes, Gallinules et Canards branchus. Le seul oiseau présenté dans le document pour illustrer la biodiversité que le site héberge est le Grand Héron. C’est probablement une des premières espèces qui désertera l’endroit une fois que ce qui restera de la zone humide sera encerclé de bâtiments, de passerelle d’observation et de voies d’accès… Et une fois que l’on aura un beau bassin ainsi végétalisé, la Bernache du Canada et le Goéland à bec cerclé, des espèces souvent envahissantes et déjà bien habituées à la présence humaine, viendront certainement occuper l’espace laissé vacant.

Que peut-on faire ?

Il faut continuer à faire connaître ces milieux humides. Dans le passé, ils ont été allègrement remplacés par des projets d’autoroute, de développement résidentiel ou autres, à une époque où le béton avait la cote. Mais au XXIe siècle, il faut avoir une vision écosystémique plus étendue. Il ne s’agit pas d’aménager simplement un plan d’eau en l’entourant de végétation indigène. Il faut que les conditions propices à la reproduction d’un maximum d’espèces s’y retrouvent aussi : isolement, tranquillité, espace.

Cliquez sur les images pour les voir en grand format

Pendant le mois d’août, Joël Coutu continue de proposer gratuitement des randonnées guidées. Le 28 août, un rassemblement populaire est organisé sur le site, pour poursuivre son action de sensibilisation.

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Un Héron vert, une espèce qui surprend par son abondance, dès notre arrivée aux marais du Technoparc de Montréal

 

Pour reprendre les propos du naturaliste américain John James Audubon, la véritable conservation n’est pas de considérer la nature comme un héritage de nos aïeux, mais plutôt comme un emprunt à nos enfants.


Pour relire mon premier article sur les milieux humides du Technoparc de Montréal: Technoparc de Montréal

Pour rejoindre Joël Coutu et participer aux randonnées offertes pour visiter le site, consultez la page Facebook Falco Ornithologie (@falcoornitho)

Pour en savoir plus sur le projet de l’Éco campus Hubert Reeves:

http://www.technoparc.com/eco-campus-hubert-reeves

http://www.technoparc.com/static/uploaded/Files/brochures/ECO-CAMPUS_BOOKLET_FR_26FEV2014-(1).pdf

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2 avis sur « Technoparc de Montréal/ 2 »

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