Technoparc de Montréal

Les étangs du Technoparc de Montréal

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Un jeune Carouge à épaulettes

La fin de semaine dernière, je devais me rendre à Montréal. J’en ai profité pour visiter un site que je ne connaissais pas, pour y faire de l’observation. Il s’agit d’un ensemble d’étangs situés au cœur du Technoparc de Montréal, en pleine zone urbaine.Le site est situé , non loin de l’autoroute 40, à proximité du Golf Dorval et de l’Aéroport international Pierre-Elliott Trudeau.

Arrivé à 6h30 du matin, dimanche le 10 juillet, malgré un ciel couvert et un temps pluvieux, je peux dire que ce matin là, j’ai fait une véritable découverte. Cet endroit était définitivement un secret bien gardé ! Étonnant lorsque l’on considère son emplacement très urbain.

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L’étang principal très justement baptisé l’Étang aux Hérons: Grande Aigrette, Grand Héron, Bihoreau gris et Héron vert s’y côtoient en abondance

Un site d’exception

SRB_20160710_41133-lowLe site comprend quatre étangs, des boisés et des champs, sans compter la grande prairie à proximité que constituent les terrains de l’aéroport. Cet endroit fait partie d’un véritable corridor faunique reliant l’Île Saint-Bernard, à Chateauguay, sur la rive sud et le Boisé de Sainte-Dorothée, à Laval, au nord.

À en juger l’ensemble des feuillets ornithologiques sur eBird qui recensent les observations qui y sont faites, c’est 159 espèces différentes qui ont été aperçues depuis 1988, 90 seulement en juin dernier. Ceci constitue sans contredit une biodiversité importante. En fait, ce site a tout pour devenir une réserve naturelle.

Les étangs abritent certainement la plus grande concentration de la région de Montréal de Hérons verts et de Bihoreaux gris, deux espèces de la famille des Ardéidés (famille du héron). On y trouve aussi d’autres hérons comme la très exotique Grande Aigrette, le Grand Héron, le Butor d’Amérique ainsi que le Petit Blongios (autrefois appelé le Petit Butor). Personnellement, je n’avais jamais vu autant de Hérons verts, en un seul endroit, pas même aux Everglades.

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Un Héron vert à l’affût

Selon Joël Coutu, un biologiste qui connaît très bien cet endroit, 53 espèces nichent directement sur le site et jusqu’à 70 si on inclus les espèces nichant dans les zones limitrophes, mais qui exploitent tout de même le site.

On y retrouverait aussi la plus grande colonie nicheuse, toujours dans la région de Montréal, de Sarcelles d’hiver. C’est sans compter toutes les autres espèces d’oiseaux aquatiques qui y vivent comme le Canard branchu, le Grèbe à bec bigarré, la Marouette de Caroline et le Râle de Virginie.

Le Petit Blongios est considéré comme vulnérable au Québec. D’ailleurs, selon le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada), la population estimée à environ 1500 couples nicheurs au pays (200 à 300 au Québec) connait un déclin important à cause de la disparition de son habitat. Cette semaine, l’équipe de Joël Coutu (Falco ornitho) recensait cinq individus.

La diversité d’habitats est aussi favorable à de nombreux passereaux (23 espèces de parulines, des bruants, des moucherolles et tyrans pour ne nommer que ceux là). Plusieurs rapaces dont la Buse à épaulettes, l’Autour des palombes ou encore le Hibou des marais de même que des Pics, des Laridés (goélands et sternes) ainsi que des Limicoles font partie des espèces recensées. Et dimanche dernier, j’ai eu la chance d’y observer le tout premier Coulicou à bec noir.

Cliquez sur les photos pour les voir grand format

Outre les oiseaux, on retrouve aussi sur le site du Technoparc plusieurs espèces de mammifères ainsi que des reptiles et amphibiens.

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Un Lapin à queue blanche qui ne semblait pas se soucier de notre présence, trop occupé à grignoter quelques feuilles.

Chronique d’une mort annoncée

Malheureusement, j’ai aussi appris, au même moment où je découvrais ce site extraordinaire que ses jours étaient comptés. Les promoteurs ont en effet un œil sur ces terrains depuis un moment déjà. À compter du mois d’août, dans quelques semaines à peine, les chantiers devraient débuter. Des travaux sur les lignes électriques sont déjà commencés.

La valeur du site a malheureusement été banalisée en évoquant un simple marais dans lequel il n’y aurait que des canards… C’est bien mal connaître la diversité des canards (et du reste) et aussi très méprisant à leur égard. On peut se demander, à constater la valeur biologique de l’endroit, si des études d’impact digne de ce nom y ont été menées avec soin.

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Un Râle de Virginie et son poussin. La grande proximité de ces oiseaux habituellement fort discrets ne manque pas d’étonner l’observateur qui en est à sa première visite.

Paradoxe des temps modernes

Que projette-t-on y construire ? C’est là une véritable ironie. À l’endroit du marais principal, on y construira un Éco-campus du nom d’Hubert Reeves, le célèbre scientifique qui milite au sujet des impacts des changements climatiques. Le campus est déjà localisé sur Google maps. Une station pour le train rapide y prendra aussi place. Plutôt que d’utiliser des sites plus ou moins exploités ou simplement à l’abandon qui se trouvent dans le secteur, on a choisi d’éliminer ce qui est apparu comme de vulgaires marais sans aucun intérêt, n’abritant que « quelques canards ». Or, le site semble au contraire représenter une véritable pouponnière pour de nombreuses espèces sauvages.

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Une famille de Canards branchus

L’autre chose qui me surprend, c’est que plutôt que d’attendre la fin de la période de reproduction et le smigrations, on envisage débuter les travaux exactement durant la période où les nichées sont encore très vulnérables. Tant qu’à détruire, aussi bien éliminer la relève.

 

Que peut-on faire ?

SRB_20160710_41143-lowUne fois de plus, des décideurs ont confondu développement (économique) et progrès (d’une société). Des lieux tout neufs, bien entretenus et modernes remplaceront un îlot de biodiversité en plein cœur de la ville. Avec un peu de chance, on y trouvera des toits verts, des bacs de récupération et un système de récupération d’eau de pluie. On peut toujours espérer…

Mais est-il encore possible d’empêcher l’irréparable ? Est-il carrément trop tard ? Difficile à dire. Actuellement, des gens se mobilisent. Une lettre a été envoyée à monsieur Hubert Reeves afin de lui faire connaître ce qui se trouve actuellement sur le site choisi pour l’Éco-campus qui portera son nom. Une chose est certaine, il faut en parler, il faut partager l’information, il faut s’informer et surtout il faut y aller pour constater par soi-même la beauté que renferme cet endroit. Chaque personne convaincue ne sera qu’un meilleur ambassadeur pour défendre ce site ou, s’il est déjà trop tard, pour défendre le prochain sur la liste. Mais faites vite pour aller le visiter, le mois d’août arrive rapidement et le compte à rebours est commencé.

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Mon feuillet eBird de ma randonnée du 10 juillet : http://ebird.org/ebird/view/checklist/S30648911
Vous pouvez consulter la page Facebook de Falco ornitho (@falcoornitho) pour plus de détails sur les étangs du Technoparc: https://www.facebook.com/falcoornitho/?fref=ts
Merci aussi à Marie-Claude Roy et Paul Shay, deux ornithologues que j’ai rencontrés sur place et qui m’ont aimablement guidé vers différents endroits propices pour l’observation.


À voir: Si vous vous rendez au Technoparc, ne manquez pas l’Étang aux Hérons, l’Étang Ipex et le Petit marais Hubert Reeves. Une carte se trouve sur la page Facebook de Falco ornitho.

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7 avis sur « Technoparc de Montréal »

  1. Beau témoignage sur l’importance de ce site. Je ne comprends pas pourquoi seuls les ornithologues amateurs s’intéressent à la sauvegarde de cet habitat. Que fait les SCF, ce terrain est-il sur une propriété fédérale ? Canards Illimités est-il au courant de l’existence de ce marais ? Et les autres organismes de conservation ? Des questions sans réponse! Il me semblait qu’on avait passé cette époque du développement à tout prix. Après avoir vu ce qui s’est passé avec la ZIPO de Port-Daniel, il semble que malheureusement qu’on peut s’attendre à tout. P.N. Date: Wed, 13 Jul 2016 12:14:33 +0000 To: pg_normand3@sympatico.ca

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  2. Nous avons connu une décennie au fédéral où l’information était contrôlée, voire carrément cachée, non disponible. Je suis encore tombé sur des pages web du fédéral, lors de la rédaction de cet article, où l’on m’indiquait d’entrer en contact avec le Service des communications… Un triste héritage des années Harper. Sinon, quand on lit des nouvelles comme celle-ci parue récemment, il n’y a rien pour nous réconcilier avec les décisions politiques: http://ici.radio-canada.ca/regions/montreal/2016/06/21/002-bape-rem-slr-caisse-depot-evaluation-train.shtml

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  3. Merci pour le magnifique article Steeve.

    Hélas voici encore un exemple que nous vivons encore dans une époque d’«eco-labels» et de bonne conscience en vente au détail. Une époque ou l’on se targue de laisser de belles miettes à nos enfants.

    On nous vend le projet comme un vaste projet d’avant-garde environnementale et de conservation. Qu’en est-il réellement? Un projet mi-destruction (action négative su l’environnement) mi-conservation (action bénéfique quoique neutre sur l’environnement), soustrayez un à zéro et après faites moi croire que le résultat est positif.

    Nous somme à l’époque où chacun est appelé à faire sa part. Il est plus important que jamais d’ajouter sa pierre à la fondation de la conscience plutôt qu’au mur de l’inconscience.

    Merci donc à M. Coutu pour cette belle pelletée de mortier!

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  4. Le simple fait de partager ta passion pour cette découverte est significative. Les choses suivent leur cours. La qualité de ton travail est vraiment tout à ton honneur. Ton feuillet eBird est convaincant nous allons nous y rendre cette automne et partager à notre tour.

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    • Merci pour le commentaire. C’est un plaisir de partager mes découvertes. Je pense que c’est en faisant connaître que l’on sert le plus à la conservation.
      N’hésitez pas à vous abonner au blogue pour ne rien manquer. Il y aura certainement un prochain article sur le Technoparc, en guise de bilan du rassemblement organisé le 28 août prochain, au Technoparc, à compter de 7h30. J’y serai. (https://www.facebook.com/events/1654706441512945/)
      Au plaisir

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