Le jour de la Terre

22 avril 2016

SRB_20160422_31863-lowMalgré le temps maussade, je ne pouvais rester à la maison en ce 22 avril, jour de la Terre. Il fallait absolument que j’aille prendre l’air. Mon choix s’est tourné vers le Domaine de Maizerets, un parc urbain de la Ville de Québec d’une superficie de 27 hectares, en bordure de l’Autoroute Dufferin-Montmorency. Il comprend un arboretum, un boisé traversé par un ruisseau et un petit marais. On y trouve aussi le plus vieux bâtiment de l’arrondissement de Limoilou, le Château Ango des Maizerets, construit au XVIIe siècle et aujourd’hui classé monument historique. Bref, un bel endroit pour passer quelques heures, avant que la pluie annoncée ne se mette à tomber.

Une balade de 2 heures trente m’aura permis d’observer 27 espèces d’oiseaux, ce qui est pas mal du tout à cette date-ci, pour un site, ne l’oublions pas, en pleine ville, bordé d’une autoroute au sud et entouré d’habitations et de commerces d’autres part.SRB_20160422_31824-low

Les habitués des jumelles ou encore ceux qui entretiennent des mangeoires sont généralement assez familiers avec les espèces qui nous côtoient en ville. Sinon, pour les autres, ça peut paraître moins évident. Mon entourage s’étonne souvent du nombre d’espèces que je parviens à observer ou encore des oiseaux que je leur fais découvrir à travers les photographies que je partage. En fait, ils n’ont pas l’impression qu’une telle diversité puisse leur être aussi accessible. J’entends souvent des choses comme « Pour moi, ce sont tous de petits oiseaux bruns ! ». Pourtant, il n’y a rien de sorcier là-dedans. Il suffit de connaître un peu ce que l’on cherche pour se mettre à les trouver. Ça ne demande qu’un peu de chance, parfois d’une paire de jumelles pour remarquer les détails et surtout de la curiosité. Pour ce qui est de la chance, il faut commencer par sortir pour en voir. Nul besoin d’un équipement spécialisé car plusieurs de nos espèces peuvent se reconnaître assez facilement, ne serait-ce que par leur chant. Quant à la curiosité, c’est l’ingrédient essentiel pour faire de belles découvertes.

Histoire de souligner ce jour de la Terre, laissez moi vous présenter quelques unes des espèces que j’ai observées ce matin.

Peut-être qu’en les connaissant mieux, vous les remarquerez plus facilement, à votre tour.

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Avant de partir à la recherche des oiseaux, il faut s’exercer à chercher. Saurez-vous trouver l’oiseau qui se cache dans ce sous-bois ? La réponse est présentée à la fin de l’article.

Tourterelle triste (Zenaida macroura)

Qui ne connait pas la Tourterelle triste, du moins son roucoulement mélancolique qui lui a valu son nom ? Saviez-vous qu’il s’agit de l’un des oiseaux les plus abondants, sinon le plus abondant en Amérique du Nord, avec plus de 120 millions d’individus estimés. Sa présence est cependant beaucoup plus marquée au sud. Bien que ça ne soit pas un oiseau  adapté à l’hiver, on le rencontre malgré tout, assez souvent durant la froide saison, principalement parce que les mangeoires deviennent de plus en plus populaires. Cet approvisionnement d’appoint fait en sorte que plus de Tourterelles passent finalement tout l’hiver chez nous. Sinon, elle demeure une espèce assez prolifique avec 2 à 3 couvées par année au nord et jusqu’à 5 à 6 plus au sud.

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Récemment, cette espèce a fait l’objet d’une discussion fort animée au Québec. Chassée depuis un certain temps dans 42 états chez nos voisins du sud tout comme en Colombie-Britannique et depuis 2013, en Ontario, les chasseurs québécois revendiquaient un changement de la loi pour leur permettre de le faire ici aussi. Une consultation publique invitait les intéressés à se prononcer sur la possibilité de chasser cette espèce sur notre territoire. Le groupe à but non lucratif Groupement QuébecOiseaux (GOQ) a d’ailleurs présenté ses recommandations, faisant ressortir le contexte fort différent de la Tourterelle triste, au Québec. Contrairement à sa situation ailleurs sur le continent, la Tourterelle triste, au Québec, est surtout présente en zone urbaine et semi-urbaine, ce qui représente un obstacle important car la chasse est jusqu’à présent interdite dans de telles zones, en vertu de nos règles municipales. Dans son argumentation, le GOQ fait aussi ressortir un déclin qui s’observe depuis quelques années, au Québec, notamment à cause des hivers rigoureux qui nous avons connu en 2014 et en 2015.

Si le règlement est modifié d’ici là, une chasse pourrait donc débuter dès cet automne, dans certaines régions du Québec.

Quiscale rouilleux (Euphagus carolinus)

Si le Quiscale bronzé, un oiseau souvent détesté à cause de son comportement envahissant est bien connu de tous (voir l’article du 12 avril: ICI), une autre espèce de quiscale aussi présente au Québec, demeure quant à elle peu commune et surtout méconnue. Le Quiscale rouilleux est un oiseau de plus petite taille que son cousin bronzé. Il recherche principalement les marais boisés et les tourbières pour la nidification, des habitats présents dans la forêt boréale canadienne. Cependant, on observe un déclin de l’ordre de 88% depuis les 40 dernières années. En migration, on peut l’apercevoir dans les marais urbains comme celui du Domaine de Maizerets. Actuellement il est considéré comme une espèce au statut préoccupant par le Comité des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

On reconnait le Quiscale rouilleux a sa coloration un peu moins châtoyante que celle du Quiscale bronzé. Le bec est plus mince et la queue plus courte. Ça demeure un oiseau discret. En période internuptiale, les plumes prennent une teinte rouille.

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Grimpereau brun (Certhia americana)

Le Grimpereau brun est un oiseau à peine de la taille d’une Mésange à tête noire, au plumage le rendant presqu’invisible, faisant en sorte qu’il passe inaperçu la plupart du temps. Même ses vocalisations aux notes très aiguës sont souvent difficiles à percevoir. Vous le verrez toujours en train de grimper les arbres, à la recherche d’araignées et de petits insectes dissimulés dans l’écorce crevassée des arbres. Arrivés au sommet, il s’envole pour se poser ailleurs, plus bas et recommence à grimper. Le Grimpereau brun recherche les forêts matures d’au moins 60 ans. Pas étonnant qu’on ne le voit plus tellement dans nos banlieues. Reste les forêts abritant des arbres au large troncs, ce qu’il préfère, pour ne pas avoir à se déplacer constamment d’arbre en arbre, à la recherche de nourriture. Lors de votre prochaine promenade dans un boisé, soyez attentifs aux notes aiguës et surveillez tout mouvement sur les troncs. Affairé à se nourrir, c’est un oiseau qui se laisse observer assez facilement… une fois que l’on en a trouvé un  !

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Grive solitaire (Catharus guttatus)

Les amateurs de plein-air connaissent bien le magnifique chant flûté de la Grive à dos olive que l’on entend dans les forêts mixtes et de conifères. Mais il existe aussi d’autres espèces de grives comme la Grive solitaire qui fréquente les boisés plus près de nous. Son chant, un sifflement long suivi de deux ou trois courtes phrases flûtées, descendantes en finale est tout aussi agréable à entendre. Fort discrète, il faut rechercher un oiseau ayant une silhouette de merle, mais en plus svelte. Sa coloration, la rend toutefois difficile à voir, tandis qu’elle est à la recherche d’insectes au sol ou dans le feuillage des arbres. Mais sa queue rousse tranche du reste du corps, plus verdâtre.

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Goéland à bec cerclé (Larus delawarensis)

Non ce n’est pas une mouette ! Et oui, le Goéland à bec cerclé est un bel oiseau ! Un autre mal-aimé… Le Goéland à bec cerclé est certainement le plus opportuniste des Laridés (famille des goélands et des mouettes) et s’il abonde dans nos villes, c’est uniquement parce que nous lui donnons la possibilité de se nourrir. C’est pourquoi plusieurs municipalités vont jusqu’à donner des amendes pouvant atteindre quelques centaines de dollars si l’on est surpris à les nourrir. Sinon, sa très grande polyvalence alimentaire en fait un éboueur hors pair. SRB_20160422_31817-low

Pic mineur (Picoides pubescens)/ Pic chevelu (Picoides villosus)

Des oiseaux que tout le monde connaît, présents à l’année et fréquentant souvent nos mangeoires en hiver, en particulier les blocs suspendus de graisse. D’ailleurs, il serait temps de retirer ce qu’il en reste, car la chaleur des jours à venir fera rancir le gras.

SRB_20160422_31885-lowDeux espèces qui se ressemblent beaucoup mais qui se distinguent facilement par la longueur du bec. Le Pic mineur, le plus petit des deux, possède un bec très court tandis que celui du Pic chevelu est aussi long que sa tête, sinon plus. Et que fait-on si le pic a le dos tourné ? On peut toujours examiner les rectrices (les plumes de la queue) les plus externes. Normalement blanches chez le Pic chevelu, elles ont de petites taches noires s’il s’agit d’un Pic mineur. La tache rouge derrière la tête indique un mâle. Les juvéniles présenteront un front légèrement rougeâtre mais il faudra attendre que l’été soit avancé pour les apercevoir ainsi.

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Carouge à épaulettes (Agelaius phoeniceus)

Un oiseau très commun, présent partout en ce moment, mais qui se concentrera dans les marais ou toutes autres zones humides, ne serait-ce qu’un fossé sur le bord d’une route, parmi les quenouilles lorsque tout sera dégelé. C’est dans ces habitats que se déroulera la nidification. D’ici là, les mâles s,affairent à marque rleur territoire: c’est cette espèce que l’on entend le plus crier. Un oiseau commun mais qui continue d’émerveiller les ornithologues amateurs. Je suis à chaque fois agréablement surpris de l’enthousiasme qu emanifeste ceux que j’initie à l’observation des oiseaux, lorsqu’un Carouge à épaulettes est dans la mire de leurs jumelles ou de leur télescope. En compétition avec la Tourterelle triste, le Carouge à épaulettes est aussi l’un des oiseaux les plus abondants en Amérique du Nord. Difficile à dénombrer avec exactitude tant il est omniprésent près des zones humides, on estime la population canadienne de 5 à 50 millions d’individus. En période de migration, on peut les apercevoir formant des nuages de plusieurs centaines, voire des milliers d’individus.

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Voilà donc de quoi animer vos balades dans la nature, ces jours-ci. Surveillez aussi les rapaces qui sont très présents. Et d’ici peu, avec le mercure qui continue de monter, les petits passereaux insectivores continueront d’arriver en grand nombre pour se joindre aux granivores qui ont passé l’hiver ici.

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Bonne observation ! Et pourquoi ne pas faire de chaque jour, un jour de la Terre !

 

 

Pour en savoir plus sur la chasse à la Tourterelle triste : http://quebecoiseaux.org/index.php/publications/actualites/1149-consultation-publique-concernant-les-changements-a-la-reglementation-sur-les-oiseaux-migrateurs

Pour consulter le plan de gestion du Quiscale rouilleux: http://www.sararegistry.gc.ca/virtual_sara/files/plans/mp_rusty_blackbird_f_proposed.pdf


Réponse à la question en début d’article

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6 avis sur « Le jour de la Terre »

  1. Excellente présentation de cet endroit de rêve pour faire des observations. J’y ai souvent vu des grands ducs et on peut y observer des petites nyctales… L’oiseau qu’il fallait repérer, c’était bien une grive?

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  2. Pour un petit deux heures trente, tu en vois des choses! Beaux quiscales et j’ai beaucoup aimé le jeu d’observation. Bonne chance pour tes prochaines sorties.

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    • C’est effectivement une science ! Le même terme désigne à la fois le passe-temps qui peut être pratiqué par tout le monde et en même temps la spécialité en biologie qui s’intéresse aux oiseaux. On pourrait utiliser une expression plus simple pour désigner l’activité grand public en la désignant, comme les anglais le font, par l’expression « observation des oiseaux » (Birdwatching) .

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