Se déplacer pour la peine ?

Se déplacer pour une rareté vaut-il vraiment la peine ?

SRB_20160108_18034-lowTout d’abord, il faut le dire, chaque passion a les limites que l’on veut bien se fixer. Et l’observation des oiseaux n’échappe pas à cette règle… On peut se contenter d’admirer les visiteurs réguliers de la mangeoire installée devant sa fenêtre ou à l’inverse, se déplacer à chaque fois qu’une mention spéciale est annoncée. Avec les moyens de communication d’aujourd’hui, on peut apprendre dans la minute qu’une rareté vient d’être aperçue, photo à l’appui avec coordonnées GPS. Et je ne vous cacherai pas qu’il y a de véritables passionnés qui ne laisseront pas passer de telles occasions. Encore faut-il avoir le temps, les moyens et une bonne raison d’y aller. Car tout peut aussi dépendre du contexte. Une rareté qui vient d’être aperçue ici et maintenant, ne l’est pas forcément ailleurs ou dans quelques mois. Tentons d’y voir un peu plus clair avec ces fameuses raretés.

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Il y a une quinzaine d’années, la mention d’un Roselin familier dans la région pouvait attirer de nombreux ornithologues. Aujourd’hui, cet oiseau qui nous vient de l’ouest est si bien établi qu’il est devenu un habitué de nos mangeoires, en hiver.

Mais il faut veiller à ne pas tout confondre ! La désignation d’espèce rare ne signifie pas qu’il s’agit d’une espèce en voie de disparition ou menacée. La désignation d’une espèce dite rare est uniquement une question de contexte ou de localisation. Concernant les espèces en déclin, il existe une toute autre nomenclature qui ne sera pas abordée ici.

Rareté hivernale…

En plein hiver, alors que l’avicourse bat son plein (voir l’article du 17 mars 2016), chaque occasion est bonne pour ajouter une espèce à sa liste. Pour un participant qui souhaiterait se dépasser, les raretés peuvent faire toute la différence.

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Une des trois Sarcelles d’hiver présentes au Domaine de Maizerets, à Québec, tout au long de l’hiver (ici un mâle)

Il y a d’abord les raretés dites saisonnières. Une espèce très commune en plein été peut attirer plusieurs avicourseurs si un individu est aperçu localement, en plein mois de janvier. La vieille Capitale a justement eu la visite, au cours de cet hiver, de quelques unes de ces raretés hivernales : Buse à épaulettes, Sarcelle d’hiver (malgré ce que son nom peut laisser croire), Paruline à croupion jaune, Paruline à collier, Paruline des pins et Grive solitaire pour ne nommer que celles-là. L’intérêt pour ces espèces repose donc sur le contexte hivernal de l’observation.

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La Paruline des pins n’est certainement pas une espèce très spectaculaire aux yeux des non initiés. Mais en observer une en plein hiver, comme cet individu qui a hiverné dans un parc de la ville de Québec, il a de quoi être étonné. (7 janvier 2016, Québec)

… Et autres raretés

Lorsqu’il s’agit d’espèces qui nous visitent sporadiquement durant l’hiver, elles constituent de belles surprises et sont habituellement très attendues. C’est le cas de la magnifique Chouette lapone. Malheureusement, elle n’aura pratiquement pas été vue cet hiver, dans la plupart des régions du Québec méridional. Par contre, le Faucon Gerfaut aura fait plus d’heureux (ce qui n’aura pas été mon cas, malheureusement et ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais ça c’est une autre histoire). Il s’agit généralement d’espèces nordiques qui viennent nous visiter durant l’hiver sur une base irrégulière. Le Harfang des neiges ne constitue pas une telle rareté puisqu’il est vu plus fréquemment et sur une base régulière, même s’il peut être plus ou moins abondant, selon les hivers.

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Troglodyte de Caroline (8 janvier 2016, Québec)

Il y a aussi les raretés qui se retrouvent ici, en plein hiver, un peu par accident. Non seulement il s’agit de visiteurs peu fréquents dans nos régions, mais ils se retrouvent ici durant la froide saison, ce qui est d’autant plus étonnant qu’il s’agit également de migrateurs qui descendraient normalement plus au sud.

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Pic à tête rouge (Québec, 12 février 2016)

Dans la région de Québec, un Troglodyte de Caroline et un jeune Pic à tête rouge continuent de faire le bonheur de nombreux observateurs et photographes, depuis plusieurs semaines déjà. Les chances de revoir ces espèces dites rares, au cours des prochains mois ou années, sont toutefois plutôt bonnes.

 Espèces inusitées

Dans le cas d’une espèce dite inusitée, hormis le fait qu’il puisse aussi s’agir d’un migrateur qui se rendrait normalement plus au sud, ses visites sont récurrentes, mais sur une base plutôt irrégulière, pouvant même ne pas être rapportée durant un certain temps. Dans ces cas, s’il s’agit d’une espèce que nous n’avons jamais eu l’occasion d’observer, le déplacement commence à valoir la peine, à condition d’avoir de bonnes indications pour la localiser. L’automne dernier, un Bruant à joues marrons était resté plusieurs jours dans le Rang Saint-Denis, à Québec.

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Un Bruant à joues marrons (Québec, 21 novembre 2015)

En hiver, à cause de la rigueur de la saison, ces observations inusitées sont souvent faites à proximité d’une mangeoire. Si on tient absolument à aller les observer, il faut des indications précises mais en plus, on doit s’assurer d’avoir l’approbation du propriétaire. À moins qu’il y ait des possibilités de demeurer sur des terrains publics pour ne pas devenir envahissant et dérangeant. Au mois de décembre dernier, un résident de Charlesbourg a eu la visite d’un Piranga vermillon dans ses mangeoires, tandis qu’un Solitaire de Townsend a hiverné autour des mangeoires d’un résident de Robertsonville, dans le comté d’Adstock. Dans les deux cas, j’ai été fort bien accueilli par les propriétaires qui m’ont ainsi permis de faire de belles observations. Je les en remercie infiniment. D’autres espèces auraient pu être ajoutées à ma liste, mais dans ces cas, un déplacement de plusieurs heures aurait été nécessaire et les chances de tomber dessus étaient plutôt minces. Je me suis dit qu’il y aurait sûrement d’autres occasions, compte tenu du caractère récurrent de ces observations.

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Un Piranga vermillon était de passage, à Charlesbourg, durant le temps des fêtes (20 décembre 2015). Un autre individu a aussi été vu plus tôt, au mois de novembre, à Sainte-Pétronille, sur l’Île d’Orléans, près de Québec.

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Ce Solitaire de Townsend aura finalement décidé d’hiverner à Robertsonville (Comté d’Adstock). C’est une espèce qui est aperçue à l’occasion, au Québec. (5 février 2016)

 Espèces exceptionnelles

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Le Milan à queue fourchue, un des oiseaux les plus gracieux qu’il m’ait été donné de voir (Les Escoumins, 22 août 2015)

Finalement, il y a les espèces dites exceptionnelles, celles qui sont vues pour la première fois ou qui n’ont été signalées qu’à quelques rares occasions au cours des dernières années. Dans ces cas là, la motivation à se déplacer pourrait être très forte. À titre d’exemple, l’été dernier, déçus de ne pas avoir réussi à voir une Sterne royale (une espèce exceptionnelle) pour laquelle un ami et moi nous nous étions spécialement déplacés à Rimouski, nous avons pris le traversier pour Forestville pour ensuite mettre le cap sur Les Escoumins, là où un Milan à queue fourchue (une autre espèce exceptionnelle) avait été aperçu. Cette fois-là, nous en avons eu plein les yeux. Et le plaisir était d’autant plus grand que ce fut l’un des oiseaux les plus gracieux qu’il m’ait été donné d’observer. Et par pur bonheur, j’avais eu la chance finalement, quelques jours plus tard, de voir non pas une, mais deux Sternes royales, alors que je me trouvais en vacances sur l’Île Verte.

Cet hiver, nous avons aussi eu la visite de quelques espèces exceptionnelles. Ce fut le cas, notamment, d’une Paruline à gorge jaune qui s’est retrouvée dans les mangeoires d’une résidence à Rimouski. Puisque je devais m’y rendre une semaine plus tard, pour le temps des fêtes, j’avais simplement croisé les doigts et attendu. Malheureusement, elle n’y était plus au moment de mon passage. Mais l’ornithologie, c’est aussi ça ! C’est une question de hasard et de patience. Une patience qui fut d’ailleurs joliment récompensée. Lors d’un récent voyage dans les Caraïbes, j’ai pu voir ma toute première Paruline à gorge jaune… Comme quoi, tout peut finir par arriver.

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J’avais raté la magnifique Paruline à gorge jaune qui a fait une escale à Rimouski, peu avant Noël. Toutefois, cet hiver, j’ai tout de même eu la chance d’en voir une pour la première fois, sur l’Île Providenciales, dans les Caraïbes. Dans ce contexte, ce n’était pas une rareté. Mais cela n’a rien gâché au plaisir de cette première rencontre. (Providenciales, Îles Turques-et-Caiques, 1er mars 2016).

 Et si…

Des raretés, il y en aura toujours. Si on tient à en voir, il suffit de garder l’œil ouvert et d’être au bon endroit au bon moment. À cela, une bonne connaissance des oiseaux normalement présents permettra de reconnaître rapidement un oiseau qui serait hors de son aire de distribution habituelle. Si un jour, vous avez l’impression de voir un tel spécimen qui semble sortir de l’ordinaire, notez bien chaque détail. Et le mieux sera de prendre une photo. Même un cliché de mauvaise qualité pourra alors vous donner raison.

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Une Aigrette bleue juvénile au bassin de rétention Jean Gauvin, le 16 août 2015. Cette espèce inusitée au Québec n’aura été vue qu’à une dizaine de reprises à peine, depuis 15 ans.

Vous souhaitez faire un suivi des observations qui sortent de l’ordinaire ? Consultez la page des oiseaux rares du Groupement Oiseaux Québec: http://quebecoiseaux.org/index.php/oiseaux-rares

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4 avis sur « Se déplacer pour la peine ? »

  1. Ping : Chercher une aiguille… | Pixel à tire-d'aile

  2. Cher Steeve

    Vraiment, je suis un fan de tes écrits. Tu pourrais écrire un livre un jour. 😉
    Je ne savais pas que la paruline à gorge orangée n’est pas commune par chez vous. Il y en a beaucoup à Merazonia en Équateur. 😃 …et ici à Granby en migration au printemps.

    Plus sérieusement, bravo pour tes écrits. Amicalement, Normand

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    • Bonjour Normand. Très heureux que mes contenus te plaisent. Merci pour tes bons mots.
      Concernant une des parulines évoquées dans l’article, il est question de la Paruline à gorge jaune (Setophaga dominica) et non à gorge orangée (Setophaga fusca). Cette seconde espèce est en effet plus commune, bien qu’elle constituerait tout de même une curiosité si on la voyait en hiver.

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