Un oiseau populaire… méconnu

Alouette, gentille alouette… Alouette, je te plumerai…

SRB_20160128_21844-lowQui n’a jamais chanté cette chanson populaire dans laquelle l’oiseau finit par être complètement déplumé ? D’origine française, cette comptine est souvent associée à la culture canadienne-française. Notre folklore se serait approprié à la fois la chanson et l’oiseau. Comme le signale Serge Lacasse (2009)1 dans son analyse historique, il n’y a qu’à constater la place que l’alouette ait pu prendre dans diverses institutions d’ici, que ce soit l’aluminerie du même nom sur la Côte Nord, l’équipe de football de Montréal ou encore Alouette-1, le premier satellite canadien envoyé dans l’espace, en 1962. Et c’est sans compter tous ces pâtés et miroirs aux alouettes qui enjolivent les expressions populaires…

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Récemment, je me trouvais à proximité d’un groupe, dans un champ enneigé. Les alouettes couraient à gauche et à droite au travers des tiges coupées de maïs. Je n’en revenais pas de les voir ainsi, aussi facilement. Ce n’est pas un oiseau que j’ai souvent eu l’occasion d’observer. J’en avais aperçu à quelques reprises, l’automne dernier. À chaque fois, il s’agissait d’une poignée d’individus qui ne faisaient que passer rapidement, au vol, au‑dessus de nos têtes, à bonne hauteur. Et la toute première fois, c’était à l’été 1988, alors que j’étais à la Baie James pour un emploi étudiant. C’est en tout cas ce que m’indique le décompte que je tenais dans mon premier livre d’ornithologie, l’édition de 1984 du fameux Peterson2, car à vrai dire, je ne me souviens plus tellement de cette première fois.

Mais récemment, j’en avais une centaine devant moi, à quelques mètres seulement. Ce qui m’a frappé le plus, c’est de réaliser à quel point cet oiseau, à peine plus petit qu’un Étourneau, était d’une grande beauté.

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Je m’étonnais aussi de si peu connaître ce volatile pourtant aussi populaire. Car en réalité, tout le monde connaît les alouettes, mais je suis convaincu qu’une majorité n’en n’a jamais vu, ni ne serait en mesure d’en décrire une. Voilà la réflexion que je me suis passée, alors que je me trouvais là, à proximité de ce groupe, il y a quelques jours déjà.

Qu’en est-il justement ? Alouette désigne de façon générale des passereaux appartenant aux Alaudidés, une famille comptant près 76 espèces différentes d’alouettes, réparties un peu partout dans le monde. La comptine chantée fait vraisemblablement allusion à l’Alouette des champs (Alauda arvensis), une espèce européenne, encore chassée de nos jours malgré son statut précaire. En Amérique du Nord, on ne compte qu’une seule espèce indigène : l’Alouette hausse-col (Eremophila alpestris), représentée par une vingtaine de sous-espèces (dont 2 au Québec).

Selon l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional (1995)3, l’Alouette hausse-col est un nicheur assez commun sur notre territoire. Elle niche au sol, dans les espaces ouverts, que ce soit des terres cultivées ou en labours, des prés ou terrains herbeux (autour d’un aéroport par exemple) ou encore des dunes ou le sol dénudé de la toundra pour les populations plus nordiques. L’Alouette hausse-col se nourrit essentiellement de graines et d’insectes. En hiver, elle migre normalement plus au sud bien que des groupes puissent séjourner ici durant la froide saison comme en témoigne ce groupe observé dans les champs avoisinants une ferme bovine, en Beauce.

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La coloration brunâtre du dos rend l’Alouette hausse-col extrêmement difficile à repérer, en été, tant elle se confond avec le sol. Surprise, la femelle quittera le nid en courant ou en volant très bas, passant pour ainsi dire inaperçue. Mais en hiver, on peut la repérer beaucoup plus facilement. Et c’est à ce moment que l’on pourra apprécier pleinement la beauté de son plumage. Outre le masque et la bavette de couleur noire, la gorge est franchement jaune tout comme le front et les sourcils pour la sous-espèce la plus commune au Québec. L’arrière de la tête et les épaules sont d’un joli brun sable. En outre, le mâle possède de petites plumes érectiles sur la tête d’où son ancien nom d’Alouette cornue (Horned lark en anglais). Vu de face, ces cornes lui donne presque l’allure d’un petit hibou.

Peu remarquée, l’Alouette hausse-col n’est donc pas pour autant un oiseau rare. Elle est simplement difficile à observer dans de bonnes conditions, en été. L’hiver, on peut la rechercher dans les champs enneigés. Toutefois, des observateurs constatent qu’ils l’aperçoivent moins fréquemment qu’auparavant. Ceci laisse croire que l’abandon des terres agricoles dans certaines régions du Québec ou encore l’intensification au détriment d’une agriculture traditionnelle pourraient porter atteinte aux populations d’ici.

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Sinon, tendez l’oreille, peut-être entendrez vous son chant si entraînant !

Alouette, je te plumerai…

(pour voir les photos plein format, cliquez dessus)

 Références

1 : Lacasse, S. 2009. Itinéraire transphonographique d’une chanson : le cas « Alouette », paru dans Écouter la chanson (2009), dirigé par Lucie Joubert. Archives des lettres canadiennes, Tome XIV, p.53-86. Fides (Montréal). http://sqrm.qc.ca/wp-content/uploads/2011/05/Itin%C3%A9raire-transphonographique-dune-chanson.pdf

2 : Peterson R. T. 1984. Guide des oiseaux de l’Amérique du nord. Éditions France-Amérique (Montréal).

3 : Pelletier, R. 1995. Alouette cornue, p. 692-695 dans Gauthier, J. et Y. Aubry (sous la direction de. Les oiseaux nicheurs du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Association québécoise des groupes d’ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune, Environnement Canada, région du Québec, Montréal, xviii + 1295 p.

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