Une veille de Noël pas ordinaire…

23 décembre 2015

Ce matin là, je m’étais levé de bon pied pour débuter les préparatifs de notre réveillon de Noël. Je devais entre autres préparer mon super gâteau fondant au chocolat… À 8h30, le téléphone sonne ! Je viens à peine de terminer ma recette. Je n’ai pas encore pris mon petit déjeuner. C’est David, un ami et partenaire d’ornithologie:
« Steeve, un Fulligule à dos blanc a été observé ce matin à Neuville… Tu fais quoi présentement ? »
« Heuuuu, je pars dans dix minutes et je passe te prendre »… Après tout, Neuville n’est qu’à une trentaine de minutes de route de la maison et c’est tout de même une rareté qui est signalée ! Et j’avais terminé de préparer mon dessert pour le lendemain…

David et moi étions loin de nous douter de ce qui nous attendait, ce jour là. Une journée pleine d’émotions, pour les amateurs d’ornithologie que nous sommes !

Nous arrivons à Neuville. David avait reçu des indications précises quant à l’endroit où se rendre, sur le bord du fleuve Saint-Laurent. Deux ornithologues bien connus de la région de Québec sont déjà là. C’est déjà ça de gagné: nous ne perdrons pas trop de temps à  chercher notre oiseau. Le Fulligule à dos blanc est l’une des dernières espèces de canards fréquentant le Québec que je n’avais encore jamais vue (même chose pour David). Il y avait bien, ces derniers jours, un ou deux individus qui avaient été aperçus plus au sud, dans la région de Montréal. Ce matin, il s’agissait d’une femelle. Elle nageait et plongeait pour pêcher à une certaine distance du rivage, comme vous pouvez en juger d’après la photo. Bon d’accord… Rien de très excitant vous pourriez penser… Mais c’était tout de même une première observation à vie pour moi et il s’agit d’une espèce rare !

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Pendant que nous observions au télescope notre canard, l’un de nous aperçoit dans la batture, parmi des Canards colverts, un Pluvier Kildir ! Nous sommes tous très excités ! Vous vous demandez sans doute pourquoi, car après tout, il s’agit d’un oiseau assez commun… En été ! Mais pour un 23 décembre, il s’agit plutôt d’une rareté hivernale. Un individu plus que tardif qui traîne encore dans le coin. Et qui plus est, représente aussi une espèce inattendue supplémentaire pour ceux qui participent à l’Avicourse (une compétition amicale consistant à observer le plus d’espèces entre le 1er décembre 2015 et le 29 février 2016. Pour des informations supplémentaires au sujet de l’Avicourse, cliquez ici).

Notre séance sera agrémentée par d’autres belles observations: plusieurs Garrots à œil d’or et Grands Harles, un Pygargue à tête blanche et un groupe d’Alouettes haussecol qui  passera au vol, juste au-dessus de nos têtes.

Entretemps, d’autres ornithologues arriveront pour observer à leur tour, le Fulligule à dos blanc. Les pieds complètement gelés, David et moi décidons de lever le camp et de nous diriger vers le Chemin Girard, une route de campagne entre Neuville et Saint-Augustin-de-Desmaures et qui réserve parfois des surprises, en été. Tant qu’à être dans le coin.

En roulant le long de ce chemin, nous apercevons des centaines de Plectrophanes des neiges, une petit oiseau du Nord qui descend ici en hiver (son Sud à lui). On s’arrête et nous nous empressons de déployer nos télescopes. Nous pensons à une seule chose… Apercevoir un Plectrophane lapon, une autre espèce, vue moins fréquemment et qui se joint parfois à des groupes de Plectrophanes des neiges ou d’Alouettes haussecol…

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Une partie des quelques centaines de Plectrophanes des neiges en mouvement dans les champs, en quête de graines.

Autant chercher une aiguille dans une botte de foin !!! Mais après quelques minutes à peine, David en repère un dans le groupe ! Hourra !!! Nous jubilons. Il s’agit de la troisième observation inespérée de la journée (voir la photo ci-dessous).

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L’unique Plectrophane lapon repéré parmi les centaines de Plectrophanes des neiges. Vous ne le voyez pas ? L’oiseau à l’extrême gauche qui fait face à un Plectrophane des neiges qui lève les ailes ! Bon d’accord, vous vous dites sans doute « Franchement, il n’y a pas de quoi s’exciter ! ». Mais David et moi étions aux anges de pouvoir observer cet oiseau pour la première fois (Crédit photo: David Turgeon©)

Mais voilà que le groupe principal s’envolent dans un champ voisin. Nous nous déplaçons le long de la voie ferrée pour nous en approcher un peu plus. Soudain, un oiseau de bonne taille, aux allures de rapace prend son envol depuis le sol. Il était dans la neige, à travers des touffes de foin séché, non loin de là et nous n’avions rien vu. J’ai un drôle de sentiment en le regardant s’éloigner. Sa forme m’est à la fois inconnue mais aussi familière. J’aperçois alors David qui revient sur nos pas, à la course, en me criant «Photos, Hibou des marais !»  Quoi ? Une autre rareté ! Mais ça ne s’arrêtera donc pas ! Ça devait être tout un spectacle, de nous voir ainsi courir dans la neige, en bordure de la voie ferrée tout en essayant de prendre des photos de l’oiseau qui s’éloignait au vol.

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Le Hibou des marais semble nous suivre des yeux, en regardant par-dessus son épaule, au moment où il prend son envol.

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Nous le voyons se poser à l’autre bout du champ… Puis nous apercevons deux Corneilles quitter leur perchoir, au sommet d’un Orme et fondre directement sur notre Hibou des marais afin de le forcer à foutre le camp de leur coin (En général, les Corneilles n’aiment pas les hiboux). Déçus, nous le regardons s’éloigner, en prenant de la hauteur… Mais nous ne pouvons qu’être ravis, une fois de plus, d’avoir pu ainsi  ajouter cette nouvelle observation à notre palmarès de la journée.

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Juste avant de se faire chasser par les Corneilles, le Hibou des marais a survolé un groupe de Plectrophanes des neiges.

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Le Hibou des marais est pris en chasse par les deux Corneilles

Encore complètement excités, nous décidons de nous diriger vers le bassin de rétention sur la Route Jean Gauvin, car après tout, hier soir encore, c’était notre plan initial. En effet, David souhaitait me montrer une Piegrièche grise, un oiseau que je n’avais encore jamais vu. Il est pourtant bien présent dans nos régions, en hiver (durant l’été, il niche plus au nord).
Finalement, nous verrons deux Piegrièches grises, dont celle-ci, perchée sur un arbre, dans le rang Notre-Dame. Je ne peux que me réjouir: une nouvelle espèce que je n’avais encore jamais aperçue.

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La Piegrièche grise, un oiseau de la taille du Merle d’Amérique. On l’aperçoit habituellement juchée tout à fait au sommet, peu importe la rigidité de son perchoir.

Ce type d’oiseau a un mode de vie assez particulier. Il s’agit d’un passereau (un oiseau percheur comme le Moineau, le Merle ou la Corneille). Il possède donc des pattes d’oiseau percheur. Et pourtant, il a les mœurs d’un rapace. Chasseur de petites proies, il ne possède pas les serres lui permettant de maintenir ses victimes pendant qu’il les mange. Il se sert plutôt des épines de l’Aubépine sur lesquelles il embroche ses proies (une petite souris par exemple).

Sur le chemin du retour, alors que nous roulons sur la route de l’Aéroport, j’aperçois un oiseau de couleur claire, de taille légèrement plus grande que la Corneille qui le pourchasse… David me dit « Arrête toi !». Je me range et nous marchons le long de la route à la recherche de l’oiseau en question. On finit par le repérer, perché sur un arbre… Ça alors ! Une Buse à épaulettes ! À ce moment-ci de l’année ?  Ça nous ferait donc une autre rareté hivernale !!!

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Une Buse à épaulettes adulte.

Bilan de cette journée mémorable:

  • Deux raretés hivernales (Pluvier kildir et Buse à épaulettes);
  • Deux espèces rares (Fulligule à dos blanc et Hibou des marais) et observées pour la première fois de ma vie;
  • Deux espèces elles aussi observées pour la première fois (Plectrophane lapon et Piegrièche grise)…

Voilà une journée que l’on se souviendra longtemps. Merci encore à David pour sa photo de Plectrophane lapon.

Pour voir les photos en grand format, cliquez dessus
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